L’incident: Une histoire bonus d’Hache Torride

Ames

La cuisine du Watchfire sent comme chez soi : la fumée de bois, le pain qui cuit, la douce odeur des oignons qui caramélisent… et, désormais, l’arôme bien distinct de l’eau de Cologne Abercrombie.

Robbie est au poste de préparation, occupé à tailler en julienne un tas de carottes, tandis que je sors une plaque de focaccia du four.

— Joli coup de couteau, dis-je en regardant ses grosses mains s’activer. Très sexy.

Je pose la focaccia sur la grille et fais prudemment rouler mon épaule droite pour tester sa mobilité.

Je surprends Robbie en train de m’observer, les sourcils froncés d’inquiétude.

— Alors, comment ça va ?

— Je vais bien, bébé. Chaque jour un peu mieux. Tu le sais, dis-je, en levant les yeux au ciel. Depuis que tu insistes pour m’aider à l’étirer.

— Mmh. Je continue de penser que tu aurais pu prendre encore quelques jours de repos loin des cuisines. Jana aurait fait tout ça avant de partir après le petit déjeuner. Ou Rocco s’en chargera quand il arrivera tout à l’heure.

— Quel grand stressé, je le taquine en lui donnant un petit coup de hanche. Préparer le dîner, c’est sympa, dis-je, en piquant une carotte sur sa planche pour la croquer. Surtout quand tu es là.

Robbie m’aide à préparer le service du samedi depuis des années, depuis l’époque où je débutais à peine et essayais d’économiser de l’argent. Le pauvre savait à peine faire griller du pain, mais il a appris à couper, éplucher et pétrir exprès pour pouvoir me donner un coup de main.

Et je le laissais faire, surtout parce que je voulais l’avoir auprès de moi autant que possible.

Maintenant que nous sommes ensemble, maintenant que cela fait quelques semaines que nous nous sommes avoué notre amour, maintenant que j’ai commencé à transférer peu à peu mes affaires à quelques pâtés de maisons d’ici, chez Robbie — chez nous —, je me suis vaguement demandé si cette urgence de passer avec lui chaque instant où je ne dormais pas allait finir par s’estomper.

Eh bien, non.

Il s’avère que c’est encore mieux maintenant que je peux lui voler des baisers entre deux légumes à découper et me presser contre lui quand je tends le bras pour attraper une poêle. Maintenant que je peux rentrer avec lui une fois le travail terminé, me brosser les dents à côté de lui dans la salle de bains et me laisser tomber sur lui dans le lit.

Robbie pose son couteau et agrippe d’un gros poing le bas de ma veste de cuisine.

— Je t’aime, Amesie. Mais juste comme ça, on aurait pu s’amuser tout autant, avec davantage d’intimité, à la maison. Je veux dire, les épices y sont classées par ordre alphabétique, et je sais à quel point ça t’excite.

Je souris malgré moi.

— Va te faire foutre. Comme si j’avais un fétichisme de l’organisation.

— Je crois bien que si, murmure-t-il, mais il se penche déjà pour poser ses lèvres sur les miennes. Et ça me plaît.

Il m’embrasse lentement, longuement, et je goûte le café sur sa langue, celui qu’il avait bu dans sa voiture en venant.

Alors que je suis encore perdu dans ce baiser, ses mains glissent jusqu’à mes hanches. Puis il me fait reculer jusqu’à ce que mon dos heurte le réfrigérateur en inox et me lance un regard lourd d’intentions.

— Robbie, je commence d’un ton d’avertissement, avant de m’arrêter parce que je n’arrive pas à décider comment terminer ma phrase.

Je veux dire, je peux trouver une bonne douzaine de raisons pour lesquelles baiser dans la cuisine du Watchfire est une idée absolument catastrophique. L’hygiène, déjà. Et la sécurité. Et l’absence d’intimité. Et…

— Amesie, me taquine Robbie en imitant mon ton.

J’inspire profondément son odeur et me rappelle pourquoi c’est la meilleure idée du monde.

— Je t’aime.

— Ouais, bébé, je sais, répond-il avec bonheur.

Il m’embrasse dans le cou, trouvant l’endroit sous mon oreille, celui qui me fait frissonner, avec l’incroyable précision d’un homme attentif. D’un homme qui aime exercer ses talents, en cuisine comme au lit, pour pouvoir me faire plaisir. D’un homme qui prend son pied à me rendre dingue.

Je déglutis tant bien que mal.

— R-Rocco arrive dans… genre vingt minutes.

— Alors, on ferait mieux de s’y mettre, hein ?

Robbie tombe à genoux, remonte ma veste, déboutonne mon pantalon et passe sa bouche sur ma queue molle à travers mon boxer. Il lève les yeux vers moi, de ce regard vert qui me fait perdre tous mes moyens à chaque putain de fois.

— Dis-moi d’arrêter, Ames.

Je parierais n’importe quelle somme que mes pupilles sont déjà complètement dilatées, rien qu’à le voir là. Je sais pertinemment que ma respiration s’emballe, que mon souffle va et vient déjà de façon saccadée et rapide, alors qu’il m’a à peine touché. Et je sens ma queue se dresser rien qu’à la chaleur de son souffle.

C’est pavlovien, d’accord ? Rien d’étonnant, vu le nombre de fois où il m’a déjà fait ça, comme s’il était bien décidé à rattraper le temps perdu. Alors… on ne peut pas me reprocher ce qui sort de ma bouche ensuite.

— Ne t’avise pas d’arrêter.

Robbie m’offre son sourire lent et ravageur. Puis il baisse mon boxer et prend ma queue à moitié dure dans sa bouche.

— Huuunhhhh, j’articule avec éloquence tandis que ma tête cogne contre l’inox.

Au début, Robbie prend les choses avec une lenteur exaspérante, sans même sucer, parce que je sais qu’il adore sentir ma queue durcir sous la seule chaleur de sa bouche. Rien qu’en sachant que c’est lui. « Comme si c’était inévitable, Amesie. Comme si c’était écrit. » Mais il ne s’autorise pas à en profiter longtemps.

Dès que je suis complètement dur, il se recule, laissant ma queue frémir contre mon ventre, rouge et humide.

— Regarde-toi, souffle-t-il.

Ma respiration se bloque à la vue de ses lèvres rosées, luisantes de salive.

— Regarde-toi, je réplique, passant mon pouce sur sa lèvre inférieure. T’es tellement putain de sexy quand tu es à genoux pour moi.

Robbie prend mon pouce entre ses dents et fait courir sa langue sur le bout. Puis il le relâche et referme sa main autour de la base de ma queue, me guidant à nouveau dans sa bouche.

Son autre main descend jusqu’à son jean et l’ouvre d’un coup de pouce.

Et oh putain. La chaleur, la pression, la façon dont sa langue travaille sur moi… c’est parfait. Il est parfait.

Ma main descend s’emmêler dans ses cheveux, à la recherche d’un point d’ancrage. J’ai besoin de le toucher.

— Putain, Robbie, ta bouche… dis-je, m’interrompant dans un gémissement. C’est tellement bon, bébé…

Il fredonne autour de moi et je pousse un petit cri, mes hanches se projetant involontairement vers lui. Il m’enfonce plus profondément dans sa bouche, une main fermement posée sur ma hanche pour me maintenir en place, et putain, heureusement qu’il est là, parce que j’ai l’impression de me disloquer de plaisir.

L’autre main de Robbie s’active sur sa propre queue, dans des mouvements rapides et précis, et cette vision — lui à genoux, ma queue dans la bouche, une main refermée autour de sa grosse queue — manque de me faire perdre connaissance.

Je ne vais pas mentir, le fait qu’on soit là, dans ma cuisine, dans cet endroit que j’ai toujours considéré comme sacré, régi par les règles et le professionnalisme, rend tout dix fois plus excitant. Je ne pourrai peut-être plus jamais regarder ce putain de réfrigérateur ou le sol carrelé où Robbie est à genoux sans rougir. Je ne pourrai peut-être même plus sentir l’odeur du pain qui cuit sans bander… ce qui va être un vrai problème.

Malheureusement, même penser à mes futurs problèmes ne fait qu’attiser mon excitation. Je plaque mes épaules contre le métal froid, agrippe la tête de Robbie à deux mains, complètement perdu dans ce qui se passe.

— J-Je vais venir, je le préviens d’une voix tendue et étranglée. Bébé…

Les joues de Robbie se creusent et sa main accélère sur sa queue, comme s’il voulait qu’on jouisse ensemble. La double sensation — le sentir me sucer tout en le regardant se donner du plaisir — me fait basculer. Je jouis dans un souffle, le plaisir déferlant en vagues. Il continue à me stimuler jusqu’au bout, avale, puis se retire dans un grognement et jouit dans sa propre main, tout son corps parcouru de frissons, avant de se relever tandis que j’essaie de me rappeler comment respirer.

— Je… je crois que je suis mort, dis-je d’un ton désolé.

Tout mon corps est détendu et comblé, mais mes genoux ont oublié comment fonctionner.

— Quelle belle façon de mourir.

Robbie m’embrasse à nouveau et, cette fois, il a mon goût sur les lèvres. Je ne peux m’empêcher de laisser échapper un son satisfait, presque possessif, au fond de ma gorge.

Il se redresse prudemment et attrape une poignée d’essuie-tout au distributeur pour nous nettoyer. Pendant que je reste là, toujours à lutter pour reprendre mon souffle, il remet nos vêtements en ordre du mieux qu’il peut. Puis il se blottit à nouveau contre moi et m’embrasse franchement… ce qui ne m’aide absolument pas, putain, à retrouver mon équilibre.

Nous sommes toujours collés au réfrigérateur quand la porte d’entrée s’ouvre.

— Salut, Ames ! crie Rocco. Désolé d’être en retard. Le pollen est complètement dingue…

— Merde, je souffle en repoussant Robbie vers le poste de préparation. Fais comme si de rien n’était.

Au moment où Rocco pousse la porte de la cuisine, Robbie et moi nous sommes déjà séparés. Je m’appuie contre le plan de travail, une main posée dessus pour me soutenir, dans ce que j’espère être une posture décontractée et pas celle d’un mec dont les genoux refusent de le porter. Pendant ce temps, Robbie tient une botte de persil et l’examine comme s’il venait de découvrir une nouvelle espèce.

J’ai oublié que Robbie et moi sommes nuls pour faire comme si de rien n’était.

— Patron.

Rocco promène son regard de moi à Robbie, puis de Robbie à moi.

— Ça va ?

— Ouais. Pfft. Bien sûr. Pourquoi ça n’irait pas ?

— Parce que vous avez le visage tout rouge, affirme-il en plissant les yeux. Et vous vous tenez bizarrement, ajoute-t-il, en croisant les bras sur sa poitrine. Je le savais, putain, Ames ! Vous êtes revenu bosser trop tôt. Trop longtemps debout. Trop d’efforts pour votre clavicule, raisonne-t-il, avant de tourner les yeux vers Robbie. Mec, t’es secouriste. Tu crois vraiment qu’il devrait être ici alors qu’il est manifestement pas à cent pour cent ?

Robbie me regarde. Je regarde Robbie. Il hausse les épaules.

— Tu sais quoi, Rocco ? dit Robbie. Je crois que tu as raison.

— Quoi ? je couine. Mais…

Robbie fait deux pas vers moi et m’attrape par le coude.

— Tu crois que tu pourras finir les préparatifs ? demande-t-il.

Rocco ricane.

— S’il te plaît. C’est presque terminé. Je peux très bien m’occuper de couper le reste des légumes avant que tout le monde arrive. Ramène-le chez lui et allonge-le, Rob. Assure-toi qu’il va bien.

— Je vais déjà très bien, je proteste, tandis que Robbie me guide à travers la porte donnant sur la salle à manger. Je n’ai pas besoin de…

— Oh, si, je crois que tu en as besoin, tranche Robbie, ajoutant d’une voix chargée de promesses. À la maison et à l’horizontale. Comme l’a dit monsieur.

J’éclate de rire, incapable de m’en empêcher, parce que je ne pourrais pas aimer cet homme davantage. Mais ça ne m’empêche pas de le répéter…

— Tu n’es pas mon patron, Robert.

Robbie lâche mon coude et m’attrape par-derrière, comme il le faisait autrefois, quand nous n’étions encore qu’une paire de meilleurs amis qui chahutaient ensemble.

— Je parie que je peux te faire dire le contraire avant la fin de la soirée, ronronne-t-il. Tu vas dire : « C’est toi le patron, Robbie. »

— Pfft. Jamais ! Plutôt mourir !

Je proteste, parce que ça a toujours été ma réplique dans ce genre de situations… mais cette fois, elle sort avec un léger manque de souffle, maintenant que sa chaleur et son odeur familières m’enveloppent et que mes jambes sont encore tremblantes suite à l’orgasme.

Robbie éclate de rire.

— Défi accepté, Amesie, lance-t-il en me guidant vers son pick-up.

Et on sait tous les deux que je n’ai jamais eu autant envie de perdre.

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